Enter The Moch

Recommandé par les Pompes Funèbres Générales.

Mois : octobre, 2012

DE LA RELATIVITE

« Il n’est point d’homme sur terre dont on puisse dire qu’il n’est la salope d’un autre. »

Jean-Jacques ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (Uncut), 1755

 

M.J.C.

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A L’AFFICHE

M.J.C.

SALUBRITE PUBLIQUE

 

La saison des cèpes est arrivée.

Pensez à vérifier les lunettes de Papi avant de le laisser partir à la cueillette.

M.J.C.

BOUTS DE BIBLE (2)

Si l’est un livre qui n’a cessé au travers des siècles de susciter fantasmes et déraisons, la Bible est assurément celui-ci.

Les inquisiteurs la comprirent comme une invitation à purifier les hérétiques à coups de masses cloutées, les colons virent en elle un moyen de civiliser les populations indigènes dont ils violaient femmes et enfants et plus récemment, des marginaux ont pu s’en servir comme un alibi pour célébrer la mort d’homosexuels pendant leurs funérailles.

Toutefois, si le Livre Sacré s’est vu donné nombre de significations contradictoires par les moins avertis de ses adeptes, l’on aurait tort de prendre cet ouvrage millésimé pour vidé de ses moindres mystères.

En effet, pour qui ose jeter le regard au-delà des clôtures soigneusement dressées devant ses yeux, des trésors inviolés de sagesse se révèlent à lui et bouleversent alors les conceptions étriquées qu’il a pu se faire de l’existence.

Au nombre de ces trésors, les leçons données par les paraboles manquantes du Nouveau Testament occupent une place de choix.

Arrachées aux abîmes de l’oubli pour éclairer le monde d’un soleil nouveau, ces histoires – dont les incrédules pointent timidement l’archaïsme – délivrent en réalité des enseignements intemporels auxquelles l’équipe de ENTER THE MOCH souhaite aujourd’hui redonner vie.

Extrait.

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Se remettant péniblement du gueuleton qu’il s’était cogné deux heures plus tôt en compagnie de sa smala, Jésus progressait d’une démarche peu assurée dans  les ruelles de Ghetsémanie.

Après deux haut-le-cœur annonciateurs et un hoquet prémonitoire, le Fils du Créateur ne put se contenir davantage et rendit l’intégralité de son repas (entrée-plat-dessert) sur le trottoir ; n’épargnant au passage ni la bure ni les sandales qu’il arborait ce jour-là.

« Et chié… », grommela t-il dans sa barbe broussailleuse, les yeux encore rougis par l’aigreur du pinard éventé qu’on avait servi à sa tablée.

Trop occupé qu’il était à déglutir et recouvrer ses esprits, il n’entendit pas le bruit de talons compensés marteler le pavé et lui annoncer que l’on venait à sa rencontre.

« Dis donc beau brun, faudrait voir à pas saloper mon lieu de travail avec tes restes ! Qu’est-ce-que tu dirais si je venais bénir tes repas avec mes pertes blanches ? »

Jésus n’étant pas le Roi des Rois pour rien, il comprit vite à qui il avait affaire.

– Merde, une pute… 

– Bien ! Je vois que Monsieur a le compas dans l’œil. Monsieur n’aurait pas l’équerre dans le futal par hasard ? Parce que si c’est pas le cas, ça remballe ses fournitures et ça trace en récré. On travaille ici. 

Ayant déjà eu par le passé maille à partir avec des représentantes de cette singulière corporation, Jésus se redressa hésitant mais n’osa pas plonger ses yeux jaunis par la bile dans les noirs iris de la putain.

Il restait prostré, l’œil fuyant, cherchant désespérément autour de lui une échappatoire qu’il savait ne pas exister. Un peu comme un mouton perdu à Barbès un jour d’Aïd el-Kébir…

Les secondes s’égrenaient depuis trop longtemps maintenant pour ne pas sentir le pesant malaise s’installer entre eux deux : la tentation était bien réelle et Jésus était sur le point d’y céder. Une fois encore.

Son crâne était en effet devenu le théâtre d’une empoignade féroce où images pieuses et clichés lubriques s’affrontaient pour décider de l’issue à donner à cette rencontre fortuite.

Perdu dans ses songes comme rarement auparavant, le Christ se rendit soudain compte que ses mains parcourraient ses poches malgré lui, à la recherche d’un talbin ou de quelque chose de plus poilu et turgescent.

Le doute n’était plus permis : Jésus allait ferrailler la vieille pute.

Mais au moment où Christ s’apprêtait à passer à l’acte, quelqu’un apparut à l’angle de la rue. C’était le jeune Mochmanazar.

L’air guilleret, une bourse pleine de pièces dans la main gauche et une autre pleine de couilles dans la main droite, le treizième disciple entonnait un air enfantin, tout en sautillant dans ses guêtres mal ajustées.

– Qui va s’payer une raclie ? / C’est Mochy, c’est Mochy ! / Fini de fourrer des ânes !/ Pour Mochman, pour Mochman ! 

– Mochmanazar ! Grâce au ciel ! Youhou ! C’est Jésus !

– Hein quoi ?… Aaahhh ! Jésus ! Vous ici ! Pour une coïncidence… 

Retirant une main calleuse et crispée de sous la toile de jute qui lui servait d’habit, Christ exposa brièvement la situation à son suivant, non sans avoir noté que ce dernier avait du mal à porter son regard ailleurs que sur la tâche sombre et poisseuse qui naissait sur la Sainte Tunique.

Avec l’exhaustivité d’un huissier inventoriant les biens de la famille qu’il vient de mettre à la rue, Jésus énuméra en sanglotant toutes les privations que son statut de sauveur du monde lui imposait et égraina avec les mêmes débordements émotionnels toutes les tentations placées sur sa route pour lui nuire.

Mochmanazar, dont la sagesse n’était plus à démontrer malgré quelques résurgences atterrantes de bêtise par moment, entrevit rapidement tout le dilemme qui étreignait le Sauveur et sut trouver les mots pour le rassurer.

« Ecoutez Seigneur, c’est pas la première et c’est pas la dernière femme de peu de vertu qu’on va croiser dans nos aventures. Et on pourra pas toujours compter sur votre Très Saint Père pour faire le ménage derrière nous en réduisant à l’état de poussière toutes les bougresses qu’on trousse aux quatre coins de la Judée. D’autant que j’aimerais attirer votre divine attention sur un détail qui commence à plus en être un, c’est que ça gueule dans la rue ! Entre les proxos dont les filles finissent en cendres, les michtons qui enragent de plus pouvoir tirer leur crampe et le syndicat du tapin qui envisage de faire grève, il devrait pas s’écouler des lustres avant que ça remonte en hauts lieux. Et là, faudra trouver un responsable ! »

Les paroles du jeune samaritain étaient pétries de raison.

Le département « Police scientifique » du Commissariat de Nazareth n’avait beau en être qu’à ses balbutiements, ce n’était qu’une question de temps avec qu’il ne fasse le lien entre les épanchements visqueux qui recouvraient les habits de Christ et les souillures qui maculaient les restes putréfiés des prostituées.

– Mais que me conseilles-tu alors ? Dois-je jeter sur tous ces malheureuses un anathème éternel et décrédibiliser leur parole pour des siècles et des siècles, amen ? 

– Non, Jésus, on peut pas la jouer comme ça. C’est trop gros et c’est surtout en contradiction avec le message de paix universelle et d’amour inconditionnel dont vous nous rebattez les oreilles en permanence pour en faire votre marque de fabrique… 

– Mais que faire alors pour rester juste et honnête sans pour autant avouer et finir au placard ? 

Des larmes chaudes et salées roulaient sur les joues du Christ, se mêlant au filet de mouquire verdâtre qui s’épanchait à présent vers sa lèvre supérieure.

La détresse exsudait littéralement par tous les pores de sa peau et Mochmanazar dut se retenir pour ne pas gifler ce qui ressemblait plus à une recalée de la Star Ac’ qu’au Fils du Tout Puissant.

Il s’approcha finalement de Jésus et lui souffla des paroles que ce dernier repris à la tribune dès son prêche du lendemain, alors que des chalands l’invectivaient et dénonçaient ses mœurs dissolues.

« Mes frères, il est aisé d’aimer le noble, d’en vanter les mérites et d’en apprécier les vertus. Il l’est tout autant de rejeter le médiocre, d’en pointer les vices et d’en condamner les tares. Mais quel mérite y trouve t-on ?

En vérité je vous le dis : qui est bon avec le bienheureux comme avec l’infortuné sera béni de tous et demeurera auprès de mon Père.

Ainsi, qui offre son affection à une prostituée n’est pas en faute. Qui donne sa miséricorde à une prostituée n’est pas en faute. Mais qui profite d’une prostituée et la répudie ensuite publiquement en l’accusant d’avoir voulu corrompre son âme commet une faute morale.

Ainsi soit-il. »

Voyant la plèbe dubitative, le niveau moyen de l’audience approchant le CE1 d’adaptation selon les sources de l’époque, Mochmanazar rajouta :

« Ce que Jésus veut dire, c’est qu’il a bien conscience qu’en léchant la raie de La Grosse Zoubida y a deux semaines, il a un peu sucé la moitié de la Palestine. Mais en traitant un rebut de l’humanité comme son égal, il nous a aussi montré la voie de la grandeur et, partant, celle du salut de nos âmes pécheresses. »

A ces mots, les plus honnêtes se mirent à acclamer Jésus. Ceux qui l’étaient un peu moins, à chercher du bois et des clous.

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M.J.C.

MUSCLE + 4000

 

M.J.C.