Enter The Moch

Recommandé par les Pompes Funèbres Générales.

Mois : octobre, 2013

SYSTEME D

World's Smallest Bodybulider

Faute de budget pour acheter des trophées, la Fédération Indienne de Bodybuilding a décidé d’utiliser des nains cette année.

Sans transition, on est toujours sans nouvelle de Vikash Dhorasoo, aperçu pour la dernière fois sur un banc de touche du côté de New Delhi.

M.J.C.

AU PROGRAMME

Bonjour petite fille.

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Tu as 6 ans et viens d’entrer à l’école primaire. C’est bien. Tu vas y apprendre à lire, écrire et compter. Tu passeras la moitié des tes journées à écouter une maîtresse que tu aimes beaucoup et l’autre moitié à t’amuser dans la cour. Tu vas aussi faire la connaissance de petits garçons qui seront tous très heureux de te retrouver tous les matins. Pas parce que tu as de gros seins et une pure chatte qu’ils adoreraient défoncer mais juste parce qu’ils te trouveront gentille et rigolote. Après la classe, ton papa et ta maman viendront te chercher pour t’emmener à la danse. Le soir, tu les émerveilleras en leur parlant de tes aventures incroyables et eux te borderont avec des histoires plus fabuleuses encore.

A 14 ans, tu sauras parfaitement lire, écrire et compter. Tu découvriras pourtant que ce n’est pas suffisant. Il te faudra en plus retenir des dates de naissance de gens morts, des noms de fleuves depuis longtemps asséchés et des poèmes dont le sens échappe à ta compréhension (et sans doute à celle de tes professeurs). Les garçons deviendront de plus en plus étranges eux aussi. Ils feront des choses stupides, souvent méchantes, parfois incompréhensibles. Comme essayer de mettre plusieurs doigts dans ton ventre quand ils t’embrassent par exemple. Tu verras également certaines parties de ton corps se transformer, mais sans beaucoup de cohérence à ton grand désespoir. Ta poitrine et ton postérieur refuseront de grandir mais boutons blancs et poils noirs pousseront eux régulièrement pour occuper la peau de ta figure. Le soir, tes parents ne te borderont plus. Et pour cause, tu leur auras interdit l’accès de ta chambre.

Après le lycée, sans but précis, tu choisiras la fac. Vers 25 ans, tu en auras presque fini avec les études. Tu réaliseras alors avoir passé les meilleures années de ta vie assise derrière un pupitre. Tu feras quand même ce qu’il faut pour obtenir un nouveau diplôme, un master cette fois-ci, pour pouvoir trouver ta place dans le monde des adultes. Côté sentiments, ton cœur aura déjà été brisé deux fois au minimum. Ça te poussera à multiplier les mauvais choix, comme faire des bisous sur le zizi de plusieurs garçons en soirée ou tourner des vidéos sans habits pour faire plaisir à un copain photographe. Des fois, tu te sentiras seule. Tu regretteras que papa et maman n’essaient plus de rentrer dans ta chambre pour voir si ça va. Mais papa et maman ne seront plus disponibles comme avant. D’ailleurs, ils ne vivront même plus dans la même maison. Et de toute façon, vous ne vous comprendrez plus depuis longtemps à ce moment-là.

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Pendant que tu feras du sur place, l’horloge, elle, continuera de tourner. À 33 ans, un peu perdue, tu en seras encore à chercher comment gagner de l’argent et être indépendante. Tu enchaîneras les emplois alimentaires et les périodes d’inactivité à cause de ton manque d’expérience. Apparemment, les jolis papiers distribués à la fin du collège, du lycée et de l’université n’auront pas convaincu ceux qui ont du travail d’en partager un peu avec toi. Les amours n’iront guère mieux. Tu auras abandonné l’idée de trouver un prince charmant depuis quelques années déjà. Tu auras même revu tes critères de sélection à la baisse, délaissant Attractive People et Meetic Affinity pour AdopteUnMec et Badoo voire ChronoBaise24. Ces noms ne te disent rien pour l’instant mais tu apprendras à les connaître. Ils t’amuseront au début puis te mettront mal à l’aise à mesure qu’ils s’installeront dans ton quotidien. Une bonne nouvelle arrivera quand même : tu reverras tes parents. Pour leur demander de l’argent d’abord. Pour retourner vivre chez eux ensuite. Paradoxalement, ça ne te rendra pas heureuse pour autant.

Mais les choses finiront par rentrer dans l’ordre quelque temps plus tard. Ainsi, le soir de tes 45 ans, un mari, un enfant et un labrador t’attendront à la maison. Le premier pour que tu lui fasses à manger, le deuxième pour que tu ranges sa chambre et le troisième pour que tu l’emmènes une dernière fois chez le vétérinaire. Malgré tout, tu auras réussi à trouver un travail stable. Dix heures par jour, cinq jours par semaine, quarante-six semaines par an. Tu auras régulièrement la sensation de revivre la même journée, d’être spectateur de ta propre existence. Ne t’inquiète pas, tu t’y habitueras. Pour évacuer et te donner l’illusion de rester jeune et en vie, tu t’abonneras à un club de fitness et économiseras pour partir en voyages. Au bout de six mois, tu décideras de donner l’argent mis de côté à un docteur pour qu’il enlève le gras de tes cuisses. Ça t’aidera à rentrer dans tes pantalons mais pas à sortir de ta déprime.

A 60 ans, tu auras un regard éteint sur le monde. Les papiers du divorce, les trains en retard, les voisins bruyants, les loyers impayés,… Rien ne t’affectera. Tu seras atteinte d’une maladie grave qui rendra tout le monde triste et attentionné autour de toi. Les gens multiplieront les efforts pour te faire oublier que tu vas mourir. Mais ça te sera un peu égal. En fait, le temps te paraîtra encore trop long et tu prieras chaque soir pour ne pas te réveiller le lendemain. Ton passage sur terre n’aura pas été très reposant. Quelques bons moments t’attendront encore mais tu préféreras t’arrêter là. Tu estimeras y avoir droit. Tu en auras marre d’être fâchée contre le monde entier, contre les rêves qu’il t’aura laissée avoir sans te permettre de les réaliser. C’est assise dans ton fauteuil préféré, seule, que tu partiras. En pleurant une dernière fois.

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Sinon, tu connais le jeu du foulard ?

M.J.C.

AVERTISSEMENT

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INFO DU JOUR

Un nombre significatif de violences faites aux femmes pourrait être évité chaque année moyennant un placement géographique plus stratégique de ces dames.

RÉACTION

« T’entends ça, Karine ? » – Lilian Thuram

M.J.C.

JACTANCES DE SEPTEMBRE

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Aussi ponctuelle qu’une érection de collégien au moment de passer au tableau, la rentrée est arrivée.

D’un pas lent et mécanique, elle est venue à nous comme à son habitude, suivie de sa cour zélée de désespérantes réjouissances, pour former un cortège que tout être normalement constitué redoute autant qu’un herpès labial la veille d’un premier rencard.

Mais si l’on ne compte plus les personnes que ce rite avilissant meurtrit chaque année dans leurs chairs, il en est d’autres pour qui la rentrée marque moins la tristesse de voir s’achever les vacances que le soulagement de pouvoir enfin retourner au bureau.

Pouvoir. Enfin. Retourner. Au bureau.

 Qu’on se le dise d’emblée : si je n’avais su conserver un sens aigu de la pondération, l’amour extrêmement modéré que je porte à cette catégorie de gens m’aurait déjà conduit à mettre en pratique, à leurs dépens, deux-trois idées qu’on aurait crues insusceptibles de naître ailleurs que dans l’esprit revanchard d’un petit moustachu autrichien pas doué en arts plastiques.

A dire vrai cependant, je n’ai plus ni la force ni le temps de salir de mon mépris l’enthousiasme inapproprié de ces gens, du moins pas autant que je le souhaiterais. J’ai des autres trucs à faire.

Aussi ai-je choisi de m’en remettre au karma, en espérant qu’il soit pour eux le redresseur de torts que fut Émile Louis pour les mongoliennes de l’Yonne.

Et parfois, ça arrive.

*****

Ainsi Benoît Palandier se croit-il en terrain conquis en cette matinée du lundi 2 septembre 2013.

Posté devant la machine à café, ce trentenaire au visage bionique, qu’un sourire ultrabright défigure en permanence, savoure en silence les récits de ses collègues.

Des bienfaits orgasmiques de leur quinzaine au Ferret à leur molle résignation d’avoir à travailler de nouveau, aucun des inévitables poncifs ne manque à l’appel.

Mais quoique sensible aux propos de ses pairs – qu’il ponctue poliment des « Oh ! » et des « Ah ! » de circonstance -, Benoît ne compte pas aujourd’hui joindre sa voix à ce concert bon enfant d’histoires estivales.

Non. S’il trépigne à présent tel un puceau catalan gravissant les marches poisseuses de La Jonquera pour la première fois, c’est parce qu’il entend marquer cette première pause-café du sceau de la nostalgie.

En effet pour « Bében » – comme il se surnomme devant la glace lors de soirées où la solitude se fait trop pesante -, la rentrée est synonyme des premières fois. De toutes ses premières fois : son premier jour à l’école primaire, son premier match de foot, son premier séjour en colonies, sa première histoire d’amour, …

Généreux comme un avare sur son lit de mort, Benoît parle de ses expériences. Beaucoup. Trop en fait.

Ses bons sentiments et sa mièvrerie commencent d’ailleurs à indisposer les vieilles comptables réunies dans l’espace détente ; ces mêmes comptables qui ne s’émeuvent pourtant pas lorsqu’on leur parle de hanches en plastique, de glaires cervicales et de métastases résistants.

Mais si ces dernières sont suffisamment aguerries à l’art de la joute sociale pour ne point révéler leur inconfort, il en est d’autres qui ne s’embarrassent pas de tant de convenances. Gislain de l’informatique en fait partie.

Caricature ambulante du geek constamment mal luné et volontairement agoraphobe, travailleur très fatigable qui interrompt son travail six fois par jour en moyenne pour se masturber porte ouverte devant son écran, Gislain a hissé le cynisme au rang de dogme.

Quittant son bureau austère uniquement lorsque sa vessie et/ou son gros intestin menacent de rompre, l’informaticien en profite parfois pour renouer avec ses congénères et ainsi raviver la flamme somnolente de son aversion pour la race humaine.

Nul ne sait exactement pourquoi Gislain alias Baise_Vos_Morts_33 sur World Of Warcraft honnit tant les gens qui l’entourent. Tout juste sait-on qu’il a moins de mal à insulter un enfant en fauteuil que Zahia à garder les jambes serrées devant un joueur de Ligue 1.

A ce titre, Benoît est ce jour-là pour lui un met de choix. La logorrhée de ce dernier dure maintenant depuis un quart d’heure et rien ne semble en mesure d’obstruer la cavité odorante d’où refoulent ses palabres interminables.

Benoît lui-même est tellement pris dans sa narration qu’il ne remarque pas le flegmatique docteur ès-PC se placer derrière lui.

Si bien que lorsque la main vive et décharnée de ce dernier s’abat dans un bruit sec et mat sur l’occiput clairsemé du conteur ennuyeux, celui-ci peine à masquer sa stupeur.

L’œil hagard, la mâchoire dévissée et la langue sortie, Benoît prend soudain une posture simiesque gênante. Assez proche en termes d’inesthétisme de celle que la dernière dégénérescence Disney a décidé d’adopter à chaque nouvelle apparition publique.

Sauf qu’ici, point n’est question de choquer les esprits simples d’une Amérique attardée ni de marketer froidement le lancement d’une carrière de chanteuse à texte. Non ici, la face lobotomisée de Benoît n’est que l’expression primale de l’abasourdissement et de l’incompréhension.

« Qui ? », « Comment ? », « Pourquoi ? », « Je rêve ou je suis en train de me pisser dessus ? »…

Telles sont les questions qui se télescopent dans le cerveau étourdi de Benoît. Mais avant d’avoir pu en formuler une à haute et intelligible voix, son assaillant le dissuade de tout effort en ce sens d’un simple regard empli de haine et de répulsion.

« Chhhhh… Voilà… Ferme un peu ta gueule. Tu dégoûterais Heather Brooks de la pipe avec tes histoires. Allez, pars loin maintenant.»

*****

L’assaut peut paraître gratuit et blessant.

C’est vrai à 95%.

Mais derrière ce soufflon nonchalamment administré et ces quelques paroles savamment distillées, il y a aussi un acte de charité. Un geste philanthrope de berger affectueux qui rappellerait au troupeau la brebis égarée. Sans la sodomiser par contre. Parce que c’est ce qu’ils font, les bergers. Avec leurs brebis. Ils les enculent. Ils leur courent après dans les montagnes. Ils les arrachent aux griffes de l’ours. Puis, ils les sodomisent. Dans l’anus. Mais c’est une autre histoire.

De fait, pour revenir au sujet et être parfaitement cohérent avec la métaphore précédente, c’est en réalité pour le libérer du troupeau que l’informaticien-berger s’est résigné à rosser son collègue ennuyeux et moutonnier.

Sans s’en apercevoir, Benoît s’enlisait inexorablement dans les sables mouvants du stéréotype et du politiquement correct.

Ses auditeurs prenaient moins de plaisir à écouter son angoissante litanie de souvenirs fleurant bons les années 90 qu’ils en auraient eu à lécher la vulve râpeuse de Sœur Emmanuelle pendant onze heures d’affilée.

Toujours est-il que notre jeune cadre à la candeur désarmante a été soustrait de justesse à la vindicte populaire – et à une placardisation en règle dans l’entreprise – par l’intervention d’un ange gardien aux cheveux gras et à l’historique Internet discutable.

Question : aurait-il pu en être autrement ?

Réponse : oui.

Il y avait mieux à faire pour distraire ses collègues. Mieux que de s’entêter avec les sempiternelles rengaines usées jusqu’à la corde et uniquement destinées à tuer le silence qui entoure naturellement toute machine à café.

Pourquoi  en effet se limiter à ça quand on peut faire preuve d’authenticité et d’originalité ?

Benoît. Ses premières fois marquantes… Soit.

Pourquoi alors ne pas parler de sa première cuite par exemple ? Lorsqu’après huit Ricard descendus cul-sec malgré son allergie à l’anis, Benoît s’était mis en tête de fourrer son membre dans le pot Bidalot de son BW’s 50 cm3 et avait fini au SAMU pour une désincarcération d’urgence suite au gonflement généralisé de son corps, bas-ventre inclus.

Ou encore sa première tournante ? Riche histoire que cet après-midi de classe verte où, profitant de la distraction d’accompagnateurs paresseux et négligents, Benoît et treize de ses amis avaient séquestré et ligoté leurs camarades siamoises non-voyantes, suffisamment longtemps pour que toute la bande puisse recommencer deux fois les 64 positions du Kâmasûtra sur leurs cobayes.

Enfin, quitte à évoquer des sujets peu communs, pourquoi ne pas s’étendre quelques secondes sur son premier infanticide ? Ôter la vie d’un enfant quelques instants seulement après son premier contact avec l’oxygène est déjà une gageure en soi. Mais réaliser cette prouesse sur le nourrisson de sa propre sœur encore mineure, avec le tison rouillé de la cheminée chauffé à blanc, dans l’abri de jardin par -15 dehors, parce que le beau-père inséminateur ne veut « pas s’y coller cette fois-ci », ça produit toujours son petit effet sur le public, ça…

Voilà le genre d’histoires que l’on n’ose même plus appeler de nos voeux mais que l’on crève d’entendre à la pause-caoua.

*****

A l’avenir, merci donc à tous les Benoît de la Terre de ne plus anesthésier les gens avec des histoires à l’eau tiède et de sauter directement au moment des anecdotes au vitriol.

Les Gislain du monde entier apprécieront.

M.J.C.