Enter The Moch

Recommandé par les Pompes Funèbres Générales.

Mois : octobre, 2014

DESINFORMATION

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Je m’attendais à pire.

M.J.C.

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FAUX BON ET CONTRE-PIED

Cerveau, je ne sais plus par où commencer avec toi. Enfin si. T’es un sale con.

Parfois, tu me donnes l’impression de ne plus vouloir continuer à bosser pour moi. On dirait que ça te fait chier de contrôler ma vie et que t’as envie de commencer à vivre la tienne. Par moment, c’est comme si tu devenais autonome et que tu prenais un malin plaisir à prendre toutes les décisions qui te passaient par « la tête ». Mais par n’importe lesquelles : exclusivement les plus incohérentes. J’te jure : si t’avais été humain, t’aurais été du genre à envoyer ton fils dans en Belgique pour le protéger des pédophiles.

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Exemple. L’autre soir, je suis assis devant la télé pour ne rien manquer du retour d’Ebola. L’objectif : me faire une opinion sérieuse sur la maladie, ses causes, ses conséquences. Pas par véritable intérêt. Juste des soirées-débat à éclairer de ma future science cette semaine-là.

Je suis donc confortablement installé devant Arte, mon PC sur les genoux prêt à parer l’éventualité d’une émission ennuyeuse, quand le reportage commence. Un médecin est à l’écran, visiblement au bord de la crise de nerfs. Il essaie d’expliquer haletant, la chemise détrempée et les mains rouge sang, que la propagation de la fièvre prend des allures de pandémie, qu’une personne infectée sur deux meurt d’hémorragie en 24 heures et que les conditions d’hygiène locales vont accélérer la propagation du virus et le rendre incontrôlable si on n’agit pas rapidement.

Electrochoc. Ces mots secouent mon cœur comme un bébé Münchhausen et un écho sans précédent y répond. Je dois agir ! Moi ! Maintenant ! Tout de suite ! J’arrive bientôt au tiers (statistique) de ma vie et je n’ai jamais pris position pour une cause louable ! Et voilà que je viens tout juste d’être frappé par la grâce d’un appel sinon divin, du moins cathodique ! Je redouble alors d’attention et dirige la moindre cellule de mes yeux vers l’écran télé : je dois en savoir plus.

Et là, d’un coup, alors qu’il était déjà acquis dans ma tête que le lendemain à la première heure, je tambourinerais sur les portes de l’Ambassade du Libéria pour demander mon visa, un détail me frappe de plein fouet… Y a une Noire à poil avec des gros seins en arrière plan. Juste dans l’axe du Kouchner 2.0 qui se démène à (r)éveiller les consciences occidentales.

« Sa mère, c’est quoi ces einss, c’te pute… ».

Voilà. C’est ce que toi, cher cerveau, tu as pensé à ce moment précis. Je passe sous silence le fait que tu aies verbalisé ton intérêt pour les protubérances mammaires de la dame dans le poste à la manière d’un candidat de télé-réalité érudit selon les critères W9. Ça, tu en es coutumier. Non, moi, je retiens plus le principe-même de ta remarque, car c’est lui qui me tue.

Au plus fort d’un reportage qui est potentiellement en train de changer le cours de mon existence, tu te laisses distraire par une paire de seins flétris qui ballotent entre les genoux d’une vieille dame. Sérieusement ?! Je rate peut-être la vocation d’une vie parce que tu préfères te focaliser sur une poitrine en chewing-gum plutôt que sur l’appel à l’aide désespéré d’un médecin guère mieux loti ? Mais bordel, c’est exactement l’inverse de ce que tu dois faire, cerveau ! C’est une faute professionnelle à ce niveau ! Tu es, sauf erreur, le siège de mon intelligence. Et c’est toi qui, dans un reportage humanitaire, décides de te concentrer sur des nichons plutôt que sur la détresse de la mourante qui les porte ?!? Mais tu me sers à quoi, cerveau, si tu fais des choix aussi cons dans des moments si cruciaux ?!?

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Autre exemple. L’autre matin, j’arrive au bureau au radar complet, les yeux fermés pour travaux de ravalement, genre je distingue les silhouettes de mes collègues sur le parking au moment où elles évitent le pare-choc de ma bagnole. Grande forme donc mais j’arrive à ma garer sans heurts. Alors que j’avance en raclant le sol comme si je cherchais à recréer Verdun 1915 sur le parking de ma boîte, je sens ma poche vibrer. « Mfff, ça peut pas être le vibro, j’ai flingué les piles hier soir avec ma sœur.. . ».

Effectivement, c’est mon pote G.L. qui m’écrit. Dans un français très approximatif, ce sale gosse attardé essaie de me faire péniblement comprendre qu’un geek a craqué le cloud d’Apple et que des photos de vagins célèbres sont visibles sur la toile depuis quelques heures.

Et là encore : électrochoc. A peine le message lu, cerveau, tu deviens plus agité qu’une fourmilière attaqué par une gang de tamanoirs. Ça fuse dans tous les sens : les neurones frémissent, les synapses crépitent, les vaisseaux se gonflent d’informations en tout genre. Si bien que 30 secondes plus tard, je suis aussi alerte devant mon écran d’ordinateur que Jean-Luc Delarue après sa onzième trace de la matinée (paix à son zen).

Je mets approximativement 3 minutes 27 secondes et 8 dixièmes (vent défavorable -1,2 m/s) pour trouver le site qui héberge les photos de Jennifer Lawrence, Kate Upton et consœurs. Phase 1 accomplie. Bien. Phase 2 maintenant : le visionnage. Enfin, l’attente d’abord. 10 heures au bureau et je rentre chez moi pour mater tout ça !

10 heures… 10 heures, enculé… 10 putains d’heures à essayer de me concentrer sur des contrats alors que tout me suggère le sexe autour de moi : les secrétaires qui papillonnent devant mon bureau avec des jupes découpées dans des serviettes de table, les collègues d’âge mûr qui me montrent les photos de leur « fille de 17 ans et 11 mois/mannequin Victoria’s Secret/j’ai chaud dans ma chatte » en bikini à la plage. Bref, je suis en fusion. Il n’est pas midi.

Une longue demi-journée de travail plus tard, je suis enfin chez moi, devant mon PC. Une grosse demi-seconde après, je suis prêt à soulager mon corps de la tension sexuelle qui le noue… quand une pensée me vient. Très calmement.

« Mais attends, que suis-je en train de faire au juste ? Je suis en train de me masturber en regardant un corps d’être humain. Je viens de rentrer chez moi comme une furie, d’esquiver la voisine qui me disait poliment bonjour, d’enfoncer la porte blindée de mon appartement, de virer à coups de mocassins les affaires qui traînaient sur la table basse du séjour et de me prostrer dos voûté devant l’ordinateur comme un sauvage. J’ai régressé à l’état de bête pour épier la poitrine et l’entre-jambes de personnes que je fantasme pour être des stars mondialement connues. Cela est-il moral ? Le fait que ces personnes soient exhibitionnistes par vocation me disculpe t-il complètement ? Si oui, pourquoi alors cette coupable sensation de violer leur intimité?  Et ce, alors que je n’ai même pas encore maculé mon écran d’un revêtement non homologué par Microsoft. Que cela révèle-t-il de la cohabitation de la raison et de la passion chez moi ? Une incompatibilité chronique ? Une mixtion seulement difficile ?… Mais plus important que ces questions primaires, cela est-il normal ? Pourquoi me muer en bête à l’idée de voir quelques centimètres carrées de chair luisante ? N’en ai-je pas déjà vu des centaines de mil… disons suffisamment ? Pourquoi alors donner autant d’importance aux appareils génitaux de ces femmes-là en particulier ? »

Voilà, cerveau, tu as littéralement vrillé. Je m’étais rêvé toute la journée une soirée d’une lubricité absolue où, entrainé par le feu de ces images impies arrachées aux iPhones fragiles de vedettes imprudentes, j’allais barboter dans un océan de pornographie, à voir des tass’ sans boire la tasse. Et voilà qu’au bout de quelques secondes, tu t’es mis à tourner à l’envers. Tout seul. A chercher un sens au comportement identique qu’ont eu des millions d’hommes, d’enfants, de pères de famille, de taulards, de prêtres, d’instituteurs, de gens de La Manif Pour Tous et de sénateurs UMP, à se précipiter sur Google pour vérifier l’allure du rectum d’Hope Solo.

Je demandais juste à mater des corps nus, moi ! Faire mes affaires et reprendre une vie normale. En faisant comme si je n’avais pas du tout été en train, trente secondes plus tôt, de secouer ma verge comme un forcené, la mâchoire serrée et la veine temporale prête à exploser. Mais non, cerveau, tu as décidé que ces images de stars nues n’alimenteraient pas ton usine à fantasmes mais uniquement ton atelier à pensées. Soit l’exact contraire de ce que la logique réclamait face à pareil spectacle.

Distrait dans les moments sérieux, sérieux dans les moments de détente, je te l’écris, cerveau : t’es un sale con. Ou alors t’es juste sadique. En tout cas, je ne peux plus te faire confiance. Et je vais devoir mettre un terme à notre collaboration. Simple mesure de sécur…

Hein ? Qu’est-ce que tu dis, cerveau? Des vidéos de chatons mangés par des Roms ? Non, n’y pense même pas. Je vois très bien ce que t’es en train de faire là. Mais tu ne me détourneras pas de ma résolution. Pas cette fois. J’te parle sérieusement là. Et j’vais rester ferme… Bon juste une et après… Rho, ils les mangent vraiment… C’est dégueulasse… T’en aurais d’autres avec des marcassins par hasard ou des…

M.J.C.

 NB :

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