Enter The Moch

Recommandé par les Pompes Funèbres Générales.

Mois : septembre, 2014

ETRE ET AVOIR

LG3usNs

Des fois, la rentrée, c’est trop d’la balle. Mais genre, vraiment trop.

M.J.C.

PLANNING FAMILAL

1945 panneau

Je veux être papa. Et devenir dictateur à mon tour.

Pour cela, il me faudra un enfant. Un seul.

Je lui ferai croire en des opportunités infinies et je lui expliquerai qu’il n’a aucun avenir.

Je lui prônerai la pondération en toute circonstance et je le pousserai à l’excès dès que possible.

Je lui expliquerai que je serai toujours là pour lui et je l’abandonnerai au moment où il comptera le plus sur moi.

Je veux créer le chaos et l’anarchie dans sa tête. Qu’il ne sache jamais qui du protecteur ou du bourreau je serai chaque matin.

Je veux qu’il vienne à moi en orateur aguerri et qu’il reparte en bègue apeuré.

Je veux que son regard vacille d’angoisse à l’idée que je puisse rester encore quelques secondes sans lui accorder le mien.

Je veux qu’il entende les rebours du compte de mon amour et qu’il panique à l’idée que le prochain sera peut-être le dernier.

Je veux qu’un courant alternatif parcoure ses veines en permanence afin qu’il ne sente jamais sa vie vraiment démarrer.

Je veux tout ça. Je le veux à en crever. Je sacrifierai tout pour ça. Même lui. Il n’est pas encore né. Mais je serai déjà prêt à m’en débarrasser pour l’avoir.

Cet enfant, ce sera mon jouet.

Le seul véritablement digne d’intérêt pour moi. Les autres sont ennuyeux. Je les ai déjà tous usés. Je dois les user. Si je ne le fais pas, c’est eux qui me bousillent. Les voir intacts alors que je décline me révulse. Je les sens me narguer comme s’ils étaient hors d’atteinte. C’est pourquoi je n’exulte jamais tant que lorsqu’une once de pouvoir est déposée dans ma main. Alors, les rapports de force s’inversent. Et mes jouets s’en rappellent. Pour toujours.

Ce jouet-là, je le sais, sera fragile.

Il sera vulnérable et paiera le coûteux tribut qui va avec.

Son besoin de repères sera sa plus grande faiblesse et je ne l’en désorienterai que plus facilement.

Il tâtonnera en quête de stabilité et je serai la dalle qui se défausse sous ses appuis.

Il se perdra dans un labyrinthe de confusions et j’empêcherai la lumière de percer jusqu’à lui.

En désespoir de cause, désabusé, il s’épuisera à me comprendre. Mon inconstance lui sera si douloureuse qu’il y sera obligé.

Il essaiera de donner de la cohérence à mon comportement et il tentera de nantir mes actes de logique.

Il lui sera vital d’exhumer les raisons de mon irrationalité. Afin qu’il puisse déculpabiliser de n’être à mon cœur qu’un désagrément abstrait.

Alors, quand je le sentirai s’approcher trop près de la vérité, qu’il sera sur le point de me mettre à nu, je balaierai ses certitudes d’une pichenette. Elle sera déshonorante à n’en point douter mais elle sera imparable.

Là, mon enfant sera perdu.

Il ne verra plus en moi qu’un arbitre partial et changeant, aux sentences aléatoires et injustes.

Il s’en voudra de m’aimer et se détestera plus encore de me haïr.

Il ne trouvera du répit que dans la certitude du dégoût qu’il éprouve pour lui-même. Le dégoût de n’avoir su éveiller en moi ce sentiment naturel de bienveillance paternelle.

Il en meurtrira ses chairs.

Et quand enfin il sera trop abîmé pour m’amuser, quand enfin il renoncera à vouloir gagner ma faveur, quand enfin il se méfiera de tout et de tout le monde, eh bien…

Je ne sais pas trop. On verra.

M.J.C