Enter The Moch

Recommandé par les Pompes Funèbres Générales.

Mois : mars, 2014

DE QUI TENIR

– Vous me faites marrer, les jeunes. A toujours avoir les yeux rivés sur vos téléphones et à plus être foutus de démarrer une conversation avec le voisin. C’est affligeant.

– Papa ?

– Oui, fiston ?

– Ta gueule.

 phon

M.J.C.

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ET SINON, TA CHIMIO… ?

Cancéreux, parle donc de ce mal qui te ronge.

*****

ape

Thomas, 35 ans

« Tiens c’est marrant, je ne me rappelais pas avoir autant d’amis. Les métastases ont beau faire fondre mes connections nerveuses les unes après les autres, je crois quand même me souvenir avoir souffert de la solitude avant de rendre publique ma maladie. A dire vrai, j’en suis même sûr. Ils sont mignons, cela dit. A se démultiplier pour me réconforter de leur compassion asphyxiante. N’empêche, je me demande ce qui les pousse à faire la queue devant ma chambre d’hôpital. C’est pour se donner bonne conscience ? Pour exorciser leur peur de la mort ? Ils se disent qu’en venant jouer les veuves éplorées et les frères abattus, ils vont duper le destin ? Et repousser d’au moins quelques siècles l’inévitable retour à la terre ? Bah qu’importe après tout. Ils ont fait le déplacement donc je leur en donne pour leur argent. Et on peut dire que je ne me ménage pas : gerbes verdâtres, râles caverneux, contorsions épileptiques. Et toujours d’une manière plus dérangeante que la fois d’avant. Afin qu’au sortir de l’hôpital, chaque bon samaritain s’empresse de faire passer le message auprès de mes « proches ». Pour leur faire savoir que le temps m’est compté désormais. Et qu’ils étaient là pour le voir. Eux. »

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mouse

Nadia, 51 ans

« A l’automne de ma vie, un constat amer s’impose à moi : mon séjour ici-bas aura été une énigme. Rendez-vous compte. Musulmane exemplaire, j’ai été élevée dans le respect de la vie et dans l’amour de mon prochain. Et j’ai du mérite pour ça. Avoir été violée par les barbus 5 étoiles de mon école coranique aurait dû normalement me rendre quelque peu méfiante vis-à-vis de la religion. Il eut été légitime en effet que je nourrisse des doutes quant à sa capacité à préserver à mon équilibre intérieur et celui de mon coccyx. Eh bien non. J’ai fait comme Allah l’exige en pareil cas : j’ai pardonné. « Prends sur toi… à défaut de pouvoir en prendre plus dedans », comme me le fit alors remarquer l’Imam dans un délicieux trait d’esprit. Et j’ai essayé de me reconstruire au travers de mes enfants. Enfin ça, c’était l’objectif. Mes deux premiers sont morts en couche et le troisième a fait une embolie de lait dans sa première semaine. Là encore, sur les conseils de la communauté, je m’en suis remise à Dieu dont, je dois l’avouer, je peinais alors à distinguer les plans. Et puis alors que je recommençais à trouver un semblant d’intérêt pour la vie (ou plutôt que j’en trouvais moins dans l’idée d’une mort auto-infligée), on m’a diagnostiqué ce cancer des poumons et des cordes vocales. Après un incident survenu pendant la prière. Lors d’une incantation à la gloire du Prophète. Les catholiques disent que les voies du Seigneur sont impénétrables. Pour ma part, je serai plus prosaïque et me contenterai de dire que c’est une belle salope. »

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bab

Jean-Patrick, 44 ans

« Putain mais c’est quoi ce délire, là ?! J’peux pas mourir ! Pas moi ! J’ai une gueule à passer entre les mains d’un croque-mort ? Et dans les entrailles d’un asticot ? Hein ? Non mais franchement, avec tous les connards qui grouillent sur terre, tu vas m’dire qu’y en avait pas un bon milliard qui méritait d’y passer avant moi ! Merde, je sais pas moi, qu’ils prennent mes gosses, ma femme, ma mère, je m’en branle ! Mais qu’ils me laissent profiter putain !! Sinon, elle m’sert à quoi c’te tune que j’me crève la bite à amasser depuis ma sortie de fac ? Tu vas me dire que tout ça, c’était pour rien ? Que ça faisait partie d’un scenario écrit à l’avance sur lequel je n’avais aucun droit de correction ? Mes couilles, oui ! Je décide. Pas toi. Pas un autre. Je. Et là je décide que mon oseille servira à autre chose que renflouer ce charlatan en blouse blanche qui me fait perdre 10 kilos et autant de centimètres de tour de taille à chaque nouveau traitement ! J’vais pas me laisser mettre sans rien dire. Surement pas. Attends, j’ai réservé des vacances à St Barth, j’ai payé la dernière traite de ma Z4 et je dois coller sa branlée à c’t enculé de Jean-Claude au golf. Sérieusement, mon planning est booké depuis des mois. Si le cancer était si pressé de s’inviter dans ma vie, il avait qu’à prendre rendez-vous avec ma secrétaire. Comme tout le monde. »

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dog

Léa, 6 ans

« J’aime pas voir Papa et Maman être tristes comme ça. Chaque fois qu’ils viennent à la clinique c’est pareil. D’abord, ils entrent dans la chambre en silence, comme s’ils avaient peur que le bruit de leurs pas déchire l’intérieur de mes oreilles. Après, ils restent de longs moments sans bouger, craignant peut-être que mon regard ne les change en pierre au prochain de leurs mouvements. Puis, ils me sourient en silence. Mais leur sourire me met mal à l’aise : on dirait que des hameçons invisibles sont plantés dans leurs joues et qu’on tire dessus à l’excès pour relever leurs lèvres et dévoiler leurs dents. Enfin, ils essaient de parler mais leurs bouches se tordent toujours en une grimace bredouillante dont je ne perçois qu’un mot sur dix. Je me sens coupable de tout ça. C’est ma maladie qui les rend malheureux. Avant je croyais que c’était à cause de toutes les jolies choses de la vie que je ne connaîtrai jamais, qu’ils avaient du chagrin. Et aussi à cause des cheveux qui sont tombés et des os qui ressortent de plus en plus. Mais c’est surtout les tubes qui rentrent et sortent en plusieurs endroits de mon corps qui les inquiètent. Ils craignent que ça m’abîme, ils ont dit au docteur. Et c’est bizarre parce qu’ils ont toujours aimé m’enfoncer des punaises dans les cuisses et des cigarettes dans le dos. Ça et m’enfermer plusieurs nuits dans la cave, me priver de repas pleins de jours d’affilée et m’interdire d’aller au petit coin pendant toute une semaine pour me punir. Du coup, je ne sais plus trop s’ils pleurent à l’idée de me voir mourir ou à celle de n’avoir pu me tuer avant. »

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bear

Romain, 29 ans

« Je suis acteur dans la vie de tous les jours. Enfin « j’étais » conviendrait mieux au vu des circonstances. Ma spécialité, c’était le porno gay. Surtout les rôles passifs. Oh rassurez-vous, rien de scabreux ni d’inavouable. Juste des scènes normales. De celles dont l’épilogue est généralement un morceau de viande d’une vingtaine de centimètre qui tressaille nerveusement dans mon rectum au moment où se décharge en moi la semence dont il s’était gonflé. Du gonzo classique donc. Au début, j’ai caché ma maladie. Je sais, ça peut surprendre. Ce n’est pourtant pas comme si j’avais cette saloperie de SIDA ou je-ne-sais-quelle IST dégénérative qui vous transforme un pilier du XV de France en jockey anémique sous 10 jours. Mais je ne sais pas, j’avais envie de garder ça secret. Je ne le sentais pas, le coup du grand déballage entre deux prises. A fortiori devant une demi-douzaine de confrères aux appareils génitaux encore empourprés et semi-actifs. Je redoutais que la solennité du moment en prenne un coup sans mauvais jeu de mots. Et puis, je n’étais pas prêt pour les conséquences d’une telle révélation sur ma vie professionnelle. Etre pris en pitié, très peu pour moi. Je ne voulais pas avoir l’impression d’être une tirelire dans laquelle David Douillet mettait une pièce jaune chaque fois qu’un partenaire m’enculait. J’ai ma fierté. »

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cat

Clémence, 53 ans

« Dommage que j’ai l’ironie en horreur car sans ça, j’aurais adoré ma situation actuelle. En même temps, une cancérologue à qui on vient de trouver une tumeur sur les ovaires, plutôt cocasse, non ? C’est tout de même assez spécial comme situation. Cette impression d’être passée de l’autre côté du canon. Et de n’avoir pour seule défense que la parfaite connaissance que j’ai acquise de la maladie au fil des années. J’en connais pourtant un rayon niveau platitudes rassurantes à servir aux patients qu’une angoisse irrépressible ronge jusqu’aux sangs. Mais bizarrement, je peine à les trouver convaincantes maintenant que mon tour est venu de les entendre. C’est de bonne guerre après tout. Fallait bien que je finisse par goûter au miel de mes mensonges. Et le moins que je puisse dire, c’est qu’il ne me laissera pas un goût impérissable. Le plus marrant dans tout ça, c’est que j’étais sur le point de prendre ma retraite. Je pourrais aisément continuer à exercer une dizaine d’années encore. Mais je commençais à être trop affectée par cet environnement de drame et de détresse permanents. Je crois que je voulais laisser toutes ces histoires de cancer et de mort derrière moi. Ou au moins me donner l’illusion de pouvoir le faire. Mais il semble que mon compagnon de route ne veuille pas prendre congé de moi aussi facilement. Je vous le dis, c’est vraiment dommage que je haïsse l’ironie des choses. »

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rat

Thierry, 48 ans

« Ce cancer ? La meilleure chose qui me soit jamais arrivée ! Je le pense vraiment, je vous le promets. Jusque là, ma vie était d’un ennui mortel. Une émission des Chiffres et des Lettres au ralenti et en hongrois. Je m’explique. Je m’étais trouvé une femme parce qu’il faut en avoir une. On avait fait des enfants pour la même raison. Je m’abrutissais 10 heures par jour dans un travail ingrat et sous payé.  Et je venais de contracter mon troisième crédit à la consommation de l’année, m’endettant ainsi officiellement pour la décennie à venir. Bref, j’étais parvenu à planter la quasi-totalité des clous imaginables dans les boiseries de mon cercueil social. Et puis au moment où tout espoir semblait vain, j’ai senti cette boursouflure sous mon testicule droit. Et alors, tout s’est enchaîné très vite. Le généraliste, le spécialiste, l’IRM, le scanner, le verdict, le choc, l’annonce, la mobilisation. Moi, qui n’étais qu’un personnage de second plan dans la vie de tout le monde, y compris de ma propre famille, je suis soudain devenu le centre de toutes les attentions. Une consultation chez l’endocrinologue et deux allers-retours en chimio ont fini de faire de moi un héros des temps modernes. Aujourd’hui, on me donne six mois à vivre. Que je leur survive ou succombe, je resterai ce héros. Personnellement, je préfèrerai crever assez vite. J’ai trop peur de retomber dans la routine de ma vie de merde si je guéris. »

*****

Cancéreux, merci. J’ai hâte.

M.J.C.

 

LA LOI DES SERIES

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« Je n’ai rien à voir avec cette personne. » – La Sobriété

M.J.C.

SUR VOS DEUX OREILLES

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Une joie méconnue de la parentalité.

M.J.C.