BOUTS DE BIBLE (3)

par mochman

fuck

Bien avant que Fifty Shades Of Grey ne lui ravisse sa place dans le cœur des oies blanches de l’Amérique puritaine, la Bible était l’ouvrage littéraire de référence auquel l’on s’en remettait immanquablement pour purger son esprit des pensées impies qui l’assaillaient.

Trésor de sagesse et d’enseignements imprescriptibles, elle a tour à tour servi à la fondation de civilisations, à la justification de croisades sanguinaires et à la réalisation de longs biopics larmoyants.

Toutefois, pour peu que l’on s’adonne à une étude minutieuse de la théologie telle qu’abordée dans les Saintes Écritures, l’on se prend à découvrir certains aspects de l’œuvre qui ont échappé à la postérité.

En exclusivité, l’équipe d’ENTER THE MOCH vous livre un troisième appendice issu de ses dernières trouvailles.

Extrait.

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Ce matin-là, alors qu’au dehors la nature s’éveillait de sa lenteur coutumière et que le soleil montait dans la blanche voilure du ciel, Jésus avait toujours la gueule vissée dans les coussins.

Le goût caoutchouteux de l’éthylotest encore sur la langue, il peinait grandement à élever sa maigre carcasse de perche échevelée hors des limbes qu’il avait gagnées la veille.

« Sa mère, c’te rouste… » dit-il dans un souffle qui décolla le pan de tapisserie sur lequel était punaisé son poster dédicacé de Moïse.

La veille au soir en effet, il avait dignement fêté la fin de sa conditionnelle en ingurgitant une demie-Mer noire de piquette rougeâtre distillée au tamis et coupée à l’huile d’argan.

Et à sentir les émanations putrides qui se dégageaient de ses draps, le doute n’était guère plus permis : il n’avait pas réussi à tout garder à l’intérieur.

Quelques souvenirs de sa virée nocturne semblaient vouloir prendre forme dans son cerveau mais la plaque de métal que l’abus d’alcool avait soudée sur ses tempes le privait momentanément de sa lucidité habituelle.

Ne pouvant aligner deux pensées cohérentes d’affilée et ne parvenant pas davantage à replonger son cerveau dans un sommeil même léger, Jésus consentit à se redresser sur ses coudes et, après avoir délesté ses intestins de l’excédent gazeux qui les encombrait, il quitta son pieu.

L’odeur était vraiment dégueulasse. Beaucoup trop en tout cas pour rester une seconde de plus dans ce cloaque enfumé.

Pantoufles en peau de chameau sur les panards, Jésus quitta donc sa chambre pour s’affaler dans le fauteuil du salon où l’air était légèrement plus respirable ; encore que la présence d’un vieux slip à lui  sur l’un des accoudoirs embaumait salement l’atmosphère de la pièce.

A peine avachi, ses paupières se fermaient déjà sur une journée qui semblait devoir se dérouler sans lui, lorsqu’une voix douce vint rompre le silence alentour et raviver les acouphènes qui avaient mis tant de temps à quitter son crâne.

Marie, sa mère, se tenait derrière lui, un sourire aimant sur les lèvres. Elle ébouriffa les cheveux gras et emmêlés de son fils mais regretta presque aussitôt ce geste bienveillant qui lui laissa une sensation poisseuse sur les doigts.

– Jésus, mon chéri. Des gens sont venus de très loin pour te voir. Ils veulent que tu soignes leur fille Arama. La malheureuse n’a que 5 ans mais ses chairs sont déjà rongées par la lèpre et ses yeux sont hermétiques à la lumière du jour.

-Humph non… ‘tain… casse les couilles… suis trop foncecar… c’est dead… qu’ils aillent se faire enculer…

Se relevant avec grand peine, Jésus quitta le salon et claqua la porte dans une ultime flatulence pestilentielle ; laissant Marie livrée à elle-même.

Ainsi parlait Jésus les lendemains de cuite.

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M.J.C.

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